Le blues du businessman

Je me rends compte que je n'ai pas écrit depuis des lustres. J'avais la tête ailleurs.
Mes news en direct d'ici, Hollywood:
Je suis toujours mariée au riche milliardaire (grâce à la crise immobilière des subprimes, il a dépassé le cap des millions et je ne sais comment une crise qui a mis tant de gens sur la paille a pu lui faire gagner autant de maille. Je ne suis pas calée en économie- business plan plan.
Le mariage n'a toujours pas été consommé. Comme prévu , il a respecté le contrat. Pas touche minouche à mon body! Si vous croyez que ça allait finir comme dans" pretty woman", qu'il allait me faire crac- crac sur un piano- bar et que nos corps suintants et embrasés en se plaquant sur les touches nacrées composeraient la plus belle des mélodies, hé bien non! Nous ne sommes pas amoureux ni amis ni ennemis. Nos relations sont d'une neutralité suisse.
On se voit trop rarement. Il passe sa moitié de sa vie en l'air avec une secrétaire au corps interchangeable entre New york et Singapour . Il a sa résidence secondaire dans tous les Hilton de la terre. Une des rares fois où je l'ai vu à la maison (un pavillon basique de 34 chambres, 21 salons et 12 salles de bains), il sortait de sa douche affublé d'une serviette Dior en pagne et de ce regard placide et vitreux qui ne le quitte pas ( sauf quand il ferme les yeux). Je lui ai dit:
_ Au moins es- tu heureux? ( Dis comme ça, on pourrait croire que je le tutoie mais en anglais le vouvoiement n'existe pas. Vous savez le fameux YOU qu'on apprend en 6ème?).
Il m'a toisé et l'homme d'affaire a collé ses deux iris vitrés sur les miens(effet double vitrage garanti). Soudain, le meilleur ami froid et discret de Donald Trump s'effaçait et apparut un petit garçon qui m'ouvrait son coeur.
Il n'avait qu'un seul regret, un seul.
Il est pas heureux mais il en a, l'air de rien.
Il s'est mis à chanter. En pur française bien éduquée, car nous les français en plus de savoir cuisiner,( on sait que pour rendre un repas savoureux, il faut du beurre et encore du beurre) nous avons la classe innée; je l'écoutais en feignant la jouissance auditive et luttais de toute mes forces pour contenir tout tremblement de ma lèvre souriante qui prenait une crampe. Au bout de cinq heures, quand il n'eut plus de voix, je l'applaudis et le félicitais chaudement. Je le rassurais également. Il n'avait rien à regretter. Malgré son "don"pour la chanson, il ne devait surtout pas arrêter le business, mais alors surtout pas! Je le convainquis d'enregister un album. Il n'avait pas besoin de l'argent d'une maison de disque. Ca ne tomba pas dans l'oreile d'un sourd et je fus réveillée le lendemain par le cancannement des marteaux- piqueurs. Ils creusaient un studio d'enregistrement dans la cave! Dans l'après- midi, une limousine débarqua.
Isadora, la domestique frissonna de plaisir. Elle m'expliqua que mon mari avait embauché un super chanteur- producteur qu'il avait payé à prix d'or pour la réalisation de son premier album pop.
Afin de bien le recevoir, je demandais à Isadora quel était le nom de mon invité (puisque ne l'oubliez pas , c'est ma baraque) mais elle ne cessa de répéter: je l'aime tellement !
Puis prises de convulsions, elle s'évanouit. Je demanda à Pedro le jardinier de me débarrasser du corps au plus vite.
Bonjour l'artiste!
Le producteur chanteur s'approcha de moi. C'était un jeune barbu, mince et délicat avec un pantalon baggy. Je crois que cette mode de la ceinture portée très, très bas à l'entrejambe équivaut à notre wonderbra mais testiculaire:. effet push- up! Je fus tellement enchantée de reconnaître mon célèbre concitoyen tricolore que je le saluais promptement:
_ Matt Koppora! Bienvenue chez moi!
Il me dévisagea de haut en bas et repartit en limousine. Quelle mouche l'avait piqué?
Mon mari vint peu après et me demanda si je n'avais pas vu Justine Timberlek qui était en retard à son rendez- vous. Ce devait être une de ces secrétaires interchangeables et comme je n'avais vu aucune femme siliconée le réclamer , je répondis " NO!" .
A ce jour, il n'a toujours pas enregistré la première chanson de son album, faute de temps.
Publicité